Bienvenue sur le blog Entre Ciel et Terre

    Notre univers est un monde d’ombre et de lumière, la couleur n’a que peu d’importance puisqu’un soleil noir l’illumine. Spectres et esprits sont les principaux acteurs, les spectateurs n’ont aucune idée de ce qui se cache derrière le voile, là où commence le royaume des dieux.   
    C’est au royaume des Ombres que nous vous convions par des poèmes et écrits divers. Dans ce monde où la folie rencontre parfois la réalité.
    Lorsque diverses créatures de la Nuit viennent à frapper au seuil de votre porte, possédant toute clé susceptible de venir vous troubler, vous ne trouvez dès lors plus aucun répit. Si d’un monde onirique surgit des fragments de phrases formant un récit, la réalité chuchote son agonie à travers des maux que nulle conscience n’a encore acquise.
     Ténèbres et lumière, reflets d’un soleil aux couleurs issues d’une balade en enfer. La vie passe telle une saison en enfer, printemps, été, automne, nous en sommes suis là, puis l’hivers où tout semble aller plus vite, où le froid gagne les os, signe d’un avenir prometteur. Le rêve devient réalité, Dieu (lequel ?) devient bon, le bien et le mal n’existent plus, nous vous invitons à entrer dans notre univers.

...Mais peut-être aux heures funèbres,
Quand la mort souffle le flambeau,
L'âme habituée aux ténèbres
Y verra clair dans le tombeau !

(
Théophile Gautier)

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Mercredi 8 novembre 2006

Rendez-vous
 
Ma belle amie est morte,
Et voilà qu’on la porte
En terre, ce matin,
En souliers de satin.

Elle dort toute blanche,
En robe de dimanche
Dans son cercueil ouvert
Malgré le vent d’hiver.

Creuse, fossoyeur, creuse
A ma belle amoureuse
Un tombeau bien profond,
Avec ma place au fond.

Avant que la nuit tombe
Ne ferme pas la tombe ;
Car elle m’avait dit
De venir cette nuit.

De venir dans sa chambre :
« Par ces nuits de décembre,
Seule, en mon lit étroit,
Sans toi j’ai toujours froid. »

Mais, par une aube grise,
Son frère l’a surprise
Nue et sur mes genoux.
Il m’a dit : « Battons-nous.

Que je te tue. Ensuite
Je tuerai la petite. »
C’est moi qui, m’en gardant,
L’ai tué, cependant.

Sa peine fut si forte
Qu’hier elle en est morte.
Mais, comme elle m’a dit,
Elle m’attend au lit.

Au lit que tu sais faire,
Fossoyeur, dans la terre.
Et, dans ce lit étroit,
Seule, elle aurait trop froid.

J’irai coucher près d’elle,
Comme un amant fidèle,
Pendant toute la nuit
Qui jamais ne finit.

(Charles Cros)

Par Elizabeth & Istvan - Publié dans : Nouvelles & Poésie
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Mercredi 8 novembre 2006

Charles Cros est né le 1er octobre 1842 à Fabrezan. Son grand père, Antoine Cros, était "professeur de belles lettres" et traducteur de Théocrite. Charles évoque en quelques vers ce grand père :

Vous faisiez des vers très doux
D'après le doux Théocrite,
"L'Oaristys!". C'est de vous
Qu'en faisant ces vers, j'hérite.

Antoine Cros, père du poète, docteur en droit et philosophe, enseigne dans les collèges avant d'être exclu de l'Université en 1849, à cause de ses idées républicaines. Il dirige les humanités de son fils : langues modernes et anciennes, dont le sanskrit, les mathématiques et la musique. Après son baccalauréat, obtenu en 1859, Charles entreprend des études de médecine qu'il n'achève pas.

Charles a une soeur, Henriette, et deux frères : Antoine, médecin, qu'il assiste pendant l'épidémie de choléra en octobre 1865, et Henry, sculpteur et céramiste, grâce auquel il se lie avec les impressionnistes, Manet entre autres, dont l'influence se fait sentir dans sa poésie.

A partir de 1867, il fréquente différents cercles où se côtoient artistes et intellectuels en marge. Il rencontre alors Nina de Villard, qui devient sa maîtresse en 1868 : cette jeune femme reçoit dans son salon de jeunes artistes dont beaucoup se rallieront à la Commune. Pendant le Siège de Paris, en 1870, Verlaine l'héberge. Pendant la Commune, il est aide-major. Cette année-là, en 1871, il rencontre Rimbaud qu'il accueille avec Verlaine. Sa liaison orageuse se poursuit avec Nina, jusqu'à la rupture en 1877. Il rencontre chez elle, notamment, Jean Richepin et Germain Nouveau en 1875.

En 1878, Charles Cros épouse Mary Hjardemaal dont il a deux fils, Guy-Charles (1879-1956) et René (1880-1898). Sa santé commence à se ressentir de sa vie de bohème, et de l'absinthe. En 1884 meurt Nina de Villard. L'année suivante multiplie les épreuves : son alcoolisme s'aggrave, sa femme tombe malade, et sa situation financière n'est guère florissante, au point que sa bibliothèque est vendue aux enchères publiques. Il meurt le 9 août 1889.

Le poète inventeur

Largement autodidacte, il partagea le goût de son temps pour le progrès et la technique : en 1865, il projette la construction d'un télégraphe au Pérou. Lors de l'exposition universelle de 1867, il expose un télégraphe automatique. La même année, il travaille à un projet de reproduction des couleurs, des formes et des mouvements. Il pressent le cinéma, le journal parlé. En 1869, il publie la Solution générale du problème de la photographie des couleurs. En 1876, il réalise ses premières épreuves de photographie en couleurs. Ses recherches portent également sur le son : en 1877, il propose à l'Académie des sciences ses travaux sur le principe de l'enregistrement des sons. Au même moment, Edison fait connaître son invention, le phonographe. Il poursuit ses travaux scientifiques, prépare des communications pour les Sociétés savantes, envoie ses notes à l'Académie des sciences, jusqu'à la fin de sa vie. En 1882, il réalise une épreuve en couleurs de Jeanne de Manet.

Vie littéraire

Charles Cros mène une vie de bohème, il se lie avec de nombreux artistes, dont Verlaine. Nina de Villard, sa maîtresse, tient un salon où se rencontrent de jeunes artistes. Il fait ses débuts poétiques dans L'Artiste en 1869. En 1870, de nombreux poèmes du Coffret de Santal voient le jour. Le recueil paraît en 1873, l'année d'Une Saison en enfer . Il collabore au Tombeau de Théophile Gautier. En 1874, il est pour un temps rédacteur en chef de La Revue du monde nouveau, et publie Le Fleuve, avec des eaux-fortes de Manet. En 1876, il publie les Dixains réalistes, La même année, il rencontre du comédien Coquelin cadet et commence à écrire des monologues.

En 1879, Charles Cros collabore à des revues comme L'Hydropathe et Le Molière, et réédite Le coffret de santal, qui lui a valu le prix Juglar. Jusqu'à la fin de sa vie, il continue à collaborer à diverses revues, et écrit de nombreux monologues, dont certains sont publiés. Pourtant, à sa mort en 1888, la plus grande partie de son oeuvre reste inédite.

Bien plus tard, Robert Desnos et Aragon rendent hommage au poète et à son rôle dans la littérature.

"La gloire d'un grand mort ne dépend pas autant qu'on le suppose du caprice des vivants. Un peu plus tôt, un peu plus tard, les noms qui méritent de survivre émergent de l'oubli pour s'ancrer dans la mémoire des hommes." (Guy-Charles Cros)

Par Elizabeth & Istvan - Publié dans : Nouvelles & Poésie
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~ « Presque autant que l'amour la haine m'a menti :
J'ai bu toute la mer des larmes infécondes.
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Dans le sommeil sacré que je sois englouti ! » (Leconte De Lisle)
~ L'étrangeté est le condiment nécessaire à toute beauté. (Charles Baudelaire)
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