Bienvenue sur le blog Entre Ciel et Terre

    Notre univers est un monde d’ombre et de lumière, la couleur n’a que peu d’importance puisqu’un soleil noir l’illumine. Spectres et esprits sont les principaux acteurs, les spectateurs n’ont aucune idée de ce qui se cache derrière le voile, là où commence le royaume des dieux.   
    C’est au royaume des Ombres que nous vous convions par des poèmes et écrits divers. Dans ce monde où la folie rencontre parfois la réalité.
    Lorsque diverses créatures de la Nuit viennent à frapper au seuil de votre porte, possédant toute clé susceptible de venir vous troubler, vous ne trouvez dès lors plus aucun répit. Si d’un monde onirique surgit des fragments de phrases formant un récit, la réalité chuchote son agonie à travers des maux que nulle conscience n’a encore acquise.
     Ténèbres et lumière, reflets d’un soleil aux couleurs issues d’une balade en enfer. La vie passe telle une saison en enfer, printemps, été, automne, nous en sommes suis là, puis l’hivers où tout semble aller plus vite, où le froid gagne les os, signe d’un avenir prometteur. Le rêve devient réalité, Dieu (lequel ?) devient bon, le bien et le mal n’existent plus, nous vous invitons à entrer dans notre univers.

...Mais peut-être aux heures funèbres,
Quand la mort souffle le flambeau,
L'âme habituée aux ténèbres
Y verra clair dans le tombeau !

(
Théophile Gautier)

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Samedi 4 novembre 2006 6 04 11 2006 09:46

Marquis de Sade

Histoire de Juliette - Extraits



Deuxième partie : Sade, toujours aussi iconoclaste, s'attaque au péché originel, dans le but de démontrer l'absurdité du dogme de l'enfer :

O mes amis ! je vous le demande, un homme rempli de bonté planterait-il dans son jardin un arbre qui produirait des fruits délicieux, mais empoisonnés, et se contenterait-il de défendre à ses enfants d'en manger, en leur disant qu'ils mourront s'ils osent y toucher ? S'il savait qu'il y eût un tel arbre dans son jardin, cet homme prudent et sage n'aurait-il pas bien plutôt l'attention de le faire abattre, surtout sachant très bien que, sans cette précaution, ses enfants ne manqueraient pas de se faire périr en mangeant de son fruit, et d'entraîner leur postérité dans la misère ? Cependant, Dieu sait que l'homme sera perdu, lui et sa race, s'il mange de ce fruit, et non seulement il place en lui le pouvoir de céder, mais il porte la méchanceté au point de le faire séduire. Il succombe et il est perdu ; il fait ce que Dieu permet qu'il fasse, ce que Dieu l'engage à faire, et le voilà éternellement malheureux. Peut-on rien au monde de plus absurde et de plus cruel ! Sans doute, et je le répète, je ne prendrais pas la peine de combattre une telle absurdité, si le dogme de l'enfer, dont je veux anéantir à vos yeux jusqu'à la plus légère trace, n'en était une suite affreuse.

Sixième partie : Un passage empreint de lyrisme où Juliette et Clairwil projettent leur amie Olympe Borghèse dans les laves du Vésuve...

- Confieras-tu nos projets à Borghèse ?
- Non, je ne l'aime plus, cette femme.
- Oh ! foutre, je la déteste, moi.
- Il faut s'en défaire le plus tôt possible.
- N'allons nous pas demain au Vésuve ?
- Tu as raison, il faut que les entrailles de ce volcan lui servent de tombeau... Quelle mort !

[Juliette et Clairwil préparent leur excursion, et, le lendemain, après avoir monté le volcan et congédié les guides, elles se retrouvent en compagnie de leur amie au bord du cratère...]

- Userons-nous de ruse ? dis-je bas à mon amie.
- Non, me dit-elle, de force...
Et nous élançant aussitôt toutes deux sur Olympe :
- Garce ! lui dîmes-nous, nous sommes lasses de toi ; nous ne t'avons fait venir ici que pour te perdre... Nous allons te précipiter toute vive dans les entrailles de ce volcan.
- Oh ! mes amies, qu'ai-je donc fait ?
- Rien. Tu nous lasses, n'en est-ce point assez ?...
Et lui enfonçant, en disant cela, un mouchoir dans la bouche, nous interceptâmes sur-le-champ ses cris et ses jérémiades. Alors Clairwil lui attacha les mains avec des cordons de soie qu'elle avait apportés à ce dessein ; j'en fis autant de ses deux pieds ; et quand elle fut hors de défense, nous nous amusâmes à la contempler ; des larmes, s'échappant de ses beaux yeux, venaient retomber en perles sur sa belle gorge. Nous la déshabillâmes, nous la maniâmes et la vexâmes sur toutes les parties de son corps ; nous molestâmes sa belle gorge, nous fustigeâmes son charmant cul, nous lui piquâmes les fesses, nous épilâmes sa motte ; je lui mordis le clitoris jusqu'au sang.
Enfin, après deux heures d'horribles vexations, nous l'enlevons par ses liens, et la précipitons au milieu du volcan, dans lequel nous distinguâmes, plus de six minutes, le bruit de son corps heurter et se précipiter par saccades sur les angles aigus qui le rejetaient de l'un à l'autre, en la déchirant en détail. Peu à peu le bruit diminua... nous finîmes par ne plus rien entendre.
- C'en est fait, dit Clairwil qui n'avait cessé de se branler depuis qu'elle avait lâché le corps. Oh ! foutre, mon amour, déchargeons maintenant toutes deux, étendues sur le bourrelet même du volcan ! Nous venons d'y commettre un crime, une de ces actions délicieuses que les hommes s'avisent d'appeler atroces : eh bien ! s'il est vrai que cette action outrage la nature, qu'elle se venge, elle le peut ; qu'une éruption se fasse à l'instant sous nous, qu'une lave s'ouvre et nous engloutisse...
Je n'étais plus en état de répondre ; déjà dans l'ivresse moi-même, je rendais au centuple, à mon amie, les pollutions dont elle m'accablait. Nous ne parlions plus. Étroitement serrées dans les bras l'une de l'autre, nous branlant comme deux tribades, il semblait que nous voulions changer d'âme par le moyen de nos soupirs embrasés. Quelques mots de lubricité, quelques blasphèmes étaient les seules paroles qui nous échappaient. Nous insultions la nature, nous la bravions, nous la défiions : et, triomphantes de l'impunité dans laquelle sa faiblesse et son insouciance nous laissaient, nous n'avions l'air de profiter de son indulgence que pour l'irriter plus grièvement.
- Eh bien ! me dit Clairwil, qui revient la première de notre mutuel égarement, tu vois, Juliette, si la nature s'irrite des prétendus crimes de l'homme : elle pouvait nous engloutir, nous fussions mortes toutes deux dans le sein de la volupté... L'a-t-elle fait ? Ah ! sois tranquille, il n'est aucun crime dans le monde qui soit capable d'attirer la colère sur nous : tous les crimes la servent, tous lui sont utiles, et quand elle nous les inspire, ne doute pas qu'elle n'en ait besoin.
 

Bibliographie : L'inconstant (comédie, 1781), Dialogue entre un prêtre et un moribond (1782), Le prévaricateur (tragédie, 1783), La folle épreuve ou le mari crédule (comédie, 1783), Les 120 journées de Sodome ou l'école du libertinage (1785), La vérité (1787), Aline et Valcour, les crimes de l'amour (1786, publié en 1795), Historiettes, contes et fabliaux (1788), Les crimes de l'amour (1788), Les infortunes de la vertu (1ère version de Justine, 1787), Justine ou les malheurs de la vertu (1788, publié en 1791), Eugénie de Franval (1788), Catalogue raisonné des Œuvres de M. Sxxx. (1788) , La philosophie dans le boudoir (1795), La nouvelle Justine (1797), L'Histoire de Juliette (1797).

Par Elizabeth & Istvan - Publié dans : Le Marquis de Sade
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Samedi 4 novembre 2006 6 04 11 2006 09:41

"Si ce Dieu, centre du mal et de la férocité, tourmente et fait tourmenter l'homme par la nature, et par d'autres hommes pendant tout le temps de son existence, comment douter qu'il n'agisse de même, et peut-être involontairement, sur ce souffle qui lui servit, et qui [...] n'est autre que le mal lui-même."
(Marquis de Sade / 1740-1814 / L'Histoire de Juliette / 1797)

Biographie du Marquis de Sade

Écrivain français, philosophe, libertin et athée. Donatien Alphonse François, marquis de Sade est né dans une vieille famille aristocratique. Entré à 14 ans dans une école militaire, il revient à Paris en 1763 comme capitaine. Il montre, en fréquentant les actrices et les courtisanes son goût pour la luxure, qui lui vaut, l'année même et peu de temps après son mariage, un premier séjour en prison pour "débauche outrée".

Après une seconde incarcération de six mois en 1768 pour flagellation, il est accusé en 1772 d'empoisonnement pour avoir rendu malade une prostituée à qui il avait fait prendre des dragées aphrodisiaques. Il est condamné à mort par contumace. Arrêté, puis évadé, il est finalement repris et, sous le coup d'une lettre de cachet, incarcéré successivement à Vincennes, à la Bastille et à Charenton. C'est pendant cette longue période d'emprisonnement que Donatien Alphonse François de Sade commence à écrire pour dissiper son ennui. Il est libéré en 1790 par la Révolution comme toutes les victimes de lettres de cachet.

Pendant la Révolution, ses deux fils émigrent, sa femme obtient la séparation du fait de ses violences conjugales. Ses biens en Provence ayant été pillés, sans ressources, le Marquis de Sade essaie de faire jouer ses pièces de théâtre pour pouvoir survivre. Bien qu'ayant milité dans une section révolutionnaire de quartier, il est condamné à mort en 1793. Il échappe à la guillotine à cause d'une erreur administrative. Il vit alors modestement de ses publications. Il est arrêté en 1801 à cause de ses écrits outrageux et de leur violence pornographique et interné par décision administrative à l'asile de fous de Charenton. Bien que totalement lucide et malgré ses protestations, il va y rester jusqu'à sa mort. Il aura passé 30 années en prison.

Maîtrisant parfaitement la langue française, le Marquis de Sade alterne dans ses ouvrages les scènes pornographiques souvent extrêmes et les dissertations philosophiques. Dans "Dialogue entre un prêtre et un moribond" (1782), il affirme un athéisme absolu et ne laissera plus passer une occasion de l'afficher dans ses écrits. Ce n'est qu'à partir du milieu de XXe siècle que son oeuvre, longtemps interdite et diabolisée, sera redécouverte et réhabilitée. Elle n'est plus lue sous le seul angle superficiel du "sadisme" et de la pornographie, mais sous sa fonction libératrice en s'attaquant aux hypocrisies de la société et à la pensée dominante. Le marquis de Sade défend les vices au nom de la nature, en en faisant apparaître les contradictions. Son imagination souvent outrancière est perçue comme le désir de libérer l'homme de ses contraintes. Il peut être considéré comme l'un des grands écrivains français et un philosophe qui va jusqu'au bout de ses pensées et aux limites de leurs conséquences logiques.

Par Elizabeth & Istvan - Publié dans : Le Marquis de Sade
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~ « Presque autant que l'amour la haine m'a menti :
J'ai bu toute la mer des larmes infécondes.
Tombez, écrasez-moi, foudres, monceaux des mondes
Dans le sommeil sacré que je sois englouti ! » (Leconte De Lisle)
~ L'étrangeté est le condiment nécessaire à toute beauté. (Charles Baudelaire)
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